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IPQA 2011 à New York | Irène Bellier - 11 avril 2011

Retour sur la dixième session de l’Instance permanente sur les questions autochtones qui s’est tenue à New York du 16 au 27 mai 2011.

Un rendez-vous annuel :

Du 15 au 27 mai 2011, se sont réunis au siège des Nations unies à New York près de 1500 délégués autochtones, venus de toutes les régions du monde sous condition d’obtenir le visa d’entrée aux Etats Unis. Comme chaque année, ils s’assemblent pour entendre les membres de l’Instance permanente (autrement dite Forum) présenter leurs travaux, et prendre eux-mêmes la parole sur des points précis. Participent à ces rencontres des leaders historiques, des organisations autochtones et des organisations de soutien qui rythment les travaux de leurs prises de parole, et de nouveaux venus très inquiets de réussir à se faire entendre. Les 16 membres de l’Instance, choisis paritairement pour représenter les Etats et les peuples autochtones par grandes régions socio-politiques / socioculturelles, sont renouvelés tous les trois ans. A l’exception de l’un d’entre eux, tous étaient nouveaux cette année.

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Cérémonie d’ouverture, par Tadodaho Sid Hill, chef Onondaga, le 16 mai 2011, New York : photo Irène Bellier

Le moment est riche à l’extrême de stimulations intellectuelles, amicales ou militantes, et il est épuisant, tant le rythme est soutenu dans un contexte multilinguistique où alternent les sessions de travail, les discussions bilatérales avec les missions permanentes des Etats, les événements parallèles. Saturé d’informations qui vont des questions les plus concrètes, comme le travail forcé des enfants autochtones, aux plus techniques comme le partage des avantages dans le Protocole de Nagoya, on vit en permanence des situations de communication finalement assez fluides où, à côté de l’interprétation mise en place pour les séances de travail officielles, s’improvisent des médiations linguistiques en fonction des talents des protagonistes. Quelques moments culturels aèrent l’esprit autour cette année d’une exposition sur "l’eau et les Peuples Autochtones", d’une soirée de représentation des arts autochtones (danses, poèmes, musique) emblématiques de chaque région socio-culturelle.

Une foultitude de documents est mise en ligne pour préparer les sessions et lire à tête reposée les centaines de déclarations émises. Quantité de folio, livrets de présentation, ouvrages, CD, DVD, etc sont mis en salle en accès libre, certains faisant l’objet d’une distribution mieux organisée, dans une perspective de communication qui se traduit pour les participants par une surabondance des choix possibles dans la sélection des événements auxquels participer, et par un vrai problème de poids (sans compter le coût financier et écologique). Si les mallettes se remplissent de papier, l’équipement du délégué (autochtone ou non) dans la salle, se complète chaque année d’un nouvel artefact technologique : appareil photo, camera, ordinateur sont désormais standards ; iphone et ipad sont cette année plus visibles, à côté, faut-il le remarquer, de délégués autochtones toujours équipés de cahiers d’école et de crayon, prenant note avec application. La circulation des photos et des séquences video représente un outil relationnel de poids qui traduit la transformation des styles d’action militante. Un moment fort de la prise de vue se déroule lors de l’inauguration en salle de l’Assemblée générale.

Les travaux en 2011

Sous la présidence de Mirna Cuningham Kain (Miskito, originaire du Nicaragua et membre de l’Instance, choisie par les autochtones pour la région Amérique Latine, Centrale et Caraïbes), les membres experts et les participants ont débattu des points à l’ordre du jour. Les points mandatés, donc régulièrement traités, concernent : le développement économique et social ; l’environnement ; les droits de l’Homme ; le dialogue avec le Rapporteur spécial sur les droits et libertés fondamentales des peuples autochtones et avec le président du Mécanisme Expert ; le débat sur un thème précis – cette année , la mise en œuvre du FPIC, sigle anglophone pour Consentement Libre Préalable et Informé - ; un dialogue structuré avec une agence, l’UNICEF en 2011 ; l’examen d’une région - l’Amérique centrale, du Sud et les Caraïbes étaient au menu ; la présentation de rapports commandités l’année précédente à des membres de l’Instance, des agences spécialisées ou des organisations autochtones, ainsi que le bilan des missions d’enquêtes réalisés en cours d’années.

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Séance de travail, UNPFII 2011, photo Irène Bellier

Une session fut consacrée au « droit à l’eau », deux autres aux rapporteurs spéciaux sur « les autochtones et les entreprises » et sur « les modèles de développement des peuples autochtones avec culture et identité », ainsi qu’à la présentation des rapports des réunions de groupes d’experts internationaux sur « les peuples autochtones et les forêts ». L’Instance rendit compte de la mission d’enquête réalisée en Colombie sur le problème des violences, notamment à l’encontre des Awas, comme elle l’avait fait l’année précédence sur la situation des peuples réduits en esclavage dans le Chaco (Bolivie, Paraguay). Un temps fut dévolu à l’examen de la mise en œuvre des accords de Chittagong Hill Tracks (signés en 1997 au Bengladesh), qui vit le représentant du gouvernement contester le caractère de « indigenous peoples  » des populations visées et s’opposer au rapport présenté par l’Instance, tandis que les organisations autochtones dans la salle tinrent à préciser l’impérieuse nécessité de respecter les termes de l’accord, une manifestation publique étant organisée à l’extérieur des Nations Unies sur la place Dag Hammarskjöld. Un moment fut consacré à l’écoute des rapports sur « le droit pénal international et la défense judiciaire des droits des peuples autochtones », « le travail forcé et les peuples autochtones », « les incidences de la crise économique mondiale sur les peuples autochtones ».

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Protestation devant les Nations Unies, pour le respect des accords de paix au Bangladesh et la protection du peuple Jumma, 24 mai 2011, photo : Irène Bellier

Les membres de l’instance ont aussi discuté de leurs futurs travaux, dont l’organisation de la Conférence mondiale des peuples autochtones, prévue en 2014 et la participation des autochtones aux politiques du développement durable dans le cadre dit Rio +20.

A l’issue des 10 jours de travail, soit 16 séances plénières et deux séances de l’Instance à huis clos, un rapport fut produit et adopté en séance plénière (consultable sur le site UNPFII). Il sera ensuite « lissé » par le secrétariat, traduit dans les 6 langues, transmis au Conseil Economique et Social. Les Instances suivantes en examineront les effets. La présidente de l’Instance rappelait cette année que 173 recommandations avaient déjà été adoptées, ce qui rend d’autant plus nécessaire le suivi de leur mise en œuvre.

Quelques paroles officielles…

Raise your voices here at this Forum and beyond. I will urge the world to listen.” - Secretary-General Ban Ki-moon

« “Indigenous peoples have a unique understanding of Mother Earth as a living entity, where all beings are interconnected and interdependent,” - Sha Zukang, Secrétaire général adjoint pour les Affaires Economiques et Sociales, Coordonnateur de la Seconde Décennie des Peuples Autochtones du monde.

Kimberly Teehee, Senior Policy Advisor for Native American Affairs du gouvernement étatsunien, membre de la nation Cherokee Nation, a souligné l’engagement du Président Obama pour renforcer les relations de « gouvernement à gouvernement » entre les USA et les tribus fédérales reconnues.

Rebeca Grynspan, du PNUD, a rappelé que à l’occasion du 20ème anniversaire du rapport sur le développement humain, les indicateurs témoignent que le développement des peuples autochtones reste moindre dans tous les Etats, qu’ils soient à bas ou hauts revenus…

A suivre… l’analyse des discours officiels et autochtones est en cours dans le cadre du programme de recherche SOGIP.

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