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Actes du Congrès de l’Association française d’ethnologie et d’anthropologie (AFEA) 2011 “No(s) Limit(es)” - 9 novembre 2012

Accès en ligne aux communications de l’atelier Autochtonie, libre-détermination et mouvements sociaux à l’ère de la globalisation, lors du 1er congrès de l’Association française d’ethnologie et d’anthropologie (AFEA) No(s) Limit(es). Coordination de l’atelier : Bruno Baronnet et Sabrina Melenotte,

Synthèse de l’atelier Autochtonie, libre-détermination et mouvements sociaux à l’ère de la globalisation /Sabrina Melenotte, Bruno Baronnet

Irène Bellier a ouvert l’atelier et présenté le travail qu’elle mène avec son équipe, Scales of Governance The UN and Indigenous people (SOGIP). La première session a réuni des approches à la fois normatives sur les enjeux d’une reconnaissance de la libre-détermination par l’ONU (Irène Bellier) et le cadre des réformes constitutionnelles en Amérique du Sud (Marco Aparicio Wilhelmi) ainsi qu’une étude de cas portant sur les Mapuche d’Argentine (Sabine Kradolfer), ce qui a lancé des pistes de réflexion sur le rapport entre État (multiculturel) et organisations indiennes autonomes, à savoir si l’expression de Pierre Clastres de « sociétés contre l’État » pouvait être appliquée à des contextes différents aujourd’hui.
La seconde session a été introduite à partir de l’exemple des Aborigènes d’Australie (Barbara Glowczewski) et du développement d’un site Internet pour l’enseignement bilingue, la restitution anthropologique et le potentiel digital pour les Aborigènes. Ensuite, l’atelier s’est poursuivi par la présentation d’une autre étude de cas spécifique sur les Mapuche dans une perspective socio-historique et depuis le Chili (Fabien Le Bonniec). La dernière intervention présentée par vidéoconférence a donné la parole à Natacha Gagné et Sébastien Grammond autour de leurs travaux sur les tribunaux et la reconnaissance juridique des « métis » comme catégorie autochtone. Le débat a pu se poursuivre entre la salle et les différents intervenants pour clore la première journée sur le thème de l’autochtonie avec notamment une emphase sur l’usage des catégories d’autochtones selon les différents acteurs, institutionnels ou par les organisations autochtones elles-mêmes, et l’usage politique qui peut en être fait.

La troisième session de l’atelier s’est ouverte le jeudi 22 septembre 2011 avec un focus sur l’Amérique latine, en commençant par l’intervention de Carmen Salazar-Soler qui, par une connaissance fine des communautés paysannes et indiennes du Pérou, a montré l’évolution des discours sur l’environnement et l’autochtonie à partir de l’exemple des luttes paysannes contre les compagnies minières au Pérou. Claude Le Gouill et Laurent Lacroix ont poursuivi sur la Bolivie, le premier avec une analyse de l’autonomie indienne et de la figure de l’ayllu, le second à partir de la constitutionnalisation d’une municipalité indienne autonome en 2009. Sabrina Melenotte quant à elle a livré une expérience spécifique de l’autonomie zapatiste depuis la région de Los Altos dans l’État du Chiapas (Mexique) et sa difficile construction dans un contexte de violence politique.
La dernière session s’est poursuivie sur des exemples latino-américains, avec Monica Martinez Maur qui a évoqué les expériences de libre-détermination dans une perspective comparative entre le Panama et l’Équateur, puis Paula Lopez Caballero qui a mené une réflexion sur les rhétoriques multiculturelles au Mexique depuis l’exemple de Milpa Alta. L’exception géographique fut présentée par Marie Salaün qui a partagé une réflexion sur l’éducation à partir de stratégies autochtones dans le Pacifique insulaire et qui fut suivi par l’intervention de Bruno Baronnet à propos d’autres expériences d’éducation chez les zapatistes du Mexique.
Télécharger la synthèse : http://afea2011.sciencesconf.org/9988

Échelles de gouvernance. Penser l’autodétermination des peuples autochtones dans la globalisation / Irène Bellier

L’adoption de la Déclaration des Droits des Peuples Autochtones par l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre 2007, ouvre un horizon de réflexion sur les modalités possibles d’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela interroge les anthropologues et offre de magnifiques perspectives de recherche sur ce que « être aujourd’hui peuple autochtone » veut dire. Irène Bellier présentera les avancées du projet SOGIP qui porte sur différentes manières de penser l’autodétermination au niveau international, dans les Etats, dans les communautés et organisations autochtones, au Sud de l’Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, et en Océanie. Elle évoquera plusieurs états de la fabrique des connaissances relatives aux « questions autochtones » dans les mondes anglophones, hispanophones et francophones.
Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/9563

De l’environnement à l’autochtonie et à l’autodétermination : les luttes des communautés paysannes contre les compagnies minières au Pérou / Carmen Salazar-Soler

Le but de cette communication est de réfléchir au processus d’ethnification des revendications socio-environnementales aujourd’hui observé dans de nombreuses régions du monde, à travers le cas particulier des Andes péruviennes. Nous étudions les discours et les actions des communautés paysannes qui luttent contre les compagnies minières, avec l’analyse du rôle et de l’évolution de la Confédération nationale des communautés affectées par l’activité minière (Conacami). Depuis 2004, on assiste à un processus d’ethnification du discours et des pratiques de la Conacami et d’insertion de la lutte contre l’activité minière dans un mouvement national et pan-andin. Ceci nous amène à réfléchir, par un jeu d’échelle allant du local au global, sur l’interprétation, la mise en œuvre et les effets des dispositifs onusiens concernant les droits des peuples autochtones, et sur la manière dont les acteurs locaux se les approprient et produisent leur propre vision.

Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/9984

Enjeux et implications des droits autochtones dans les réformes constitutionnelles en Amérique du Sud / Marco Aparicio Wilhemi

L’adoption en 2007 par l’Assemblée Générale des Nations Unies de la Déclaration Internationale sur les droits des peuples autochtones et les dernières contributions du constitutionnalisme en Amérique latine, à savoir les Constitutions équatorienne de 2008 et bolivienne de 2009, ont ouvert de nouvelles perspectives dans les débats sur la question de la diversité culturelle et les droits des peuples autochtones dans l’État contemporain. Dans quelle mesure ces changements récents représentent-ils une rupture avec les dogmes sur lesquels l’Etat s’est fondé en tant qu’unité d’aménagement juridique et de pouvoir politique ? Comment saisir et comprendre les relations qu’entretiennent les différents ordres juridiques en présence ? Sommes-nous en marche vers un certain dépassement du constitutionnalisme libéral, ou bien s’agit-il plutôt d’une réorganisation de celui-ci ?

Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/10182

L’inexorable quête d’autonomie des Mapuche dans le Chili actuel / Fabien Le Bonniec

La période post-dictature s’est caractérisée au Chili par la réaffirmation du modèle néolibéral et la mise en place de politiques de promotion de la diversité culturelle. A la fin des années 1990, les mobilisations de communautés et d’organisations mapuche ont mis au grand jour les limites de ces politiques et ont opéré une rupture dans les représentations de la société chilienne sur les Mapuche, mais aussi celles de ces derniers sur eux-mêmes. De nouveaux enjeux dans la lutte pour la terre et le territoire sont apparus, annonçant une renaissance du discours autonomiste. « L’imagination constituante » des Mapuche a consisté à occuper le terrain politique chilien à la recherche de nouvelles formes de démocratie participative, prenant part à la transformation de l’Etat centraliste. Les mobilisations se sont recomposées en entités territoriales et la mise en visibilité de l’élite mapuche représente un paradigme alternatif, vecteur de subjectivation au sein de la société chilienne et mapuche.

Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/10190

Dynamique de construction et mise en œuvre du droit à l’autodétermination des peuples autochtones au sein de la province de Neuquèn, Argentine / Leslie Cloud

L’année 1994 marque un tournant dans l’histoire des droits des peuples autochtones en Argentine. La nouvelle constitution reconnaît la préexistence de ces peuples ainsi que de nombreux droits collectifs dont ils sont les sujets et supprime l’anachronique clause relative au « traitement pacifique avec les Indiens et à leur soumission au catholicisme ». A Neuquen, l’incorporation des droits des peuples autochtones en 2006 tient tant à la participation active de la Confédération mapuche de Neuquen qu’à un jeu de circonstances. Comment le paradigme juridique du droit à l’autodétermination est-il mis en œuvre par les institutions étatiques et saisi par les Mapuche dans une Province qui compte avec les principales ressources énergétiques du pays et la plus importante population autochtone au sein de mêmes espaces territoriaux ? L’analyse porte sur la dynamique Etat/peuple Mapuche autour du droit à l’autodétermination et effectue un bilan des rapports de pouvoir en termes de limites et d’acquis.
Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/10186

Réarticulations politiques et ethniques : quelques réflexions à partir de l’exemple des Mapuche / Sabine Kradolfer

Depuis l’occupation et l’intégration de leurs territoires par les états argentin et chilien à la fin du 19ème siècle, les populations mapuche qui vivent des deux côtés de la Cordillère des Andes ont dû s’adapter aux différentes politiques publiques en vigueur. De ce fait, l’identité mapuche, la relation au territoire, le maintien ou l’abandon de formes indigènes de gouvernement ou de régulation sociale ont pris nombre de formes différentes dans le temps et dans l’espace. Loin de connaître un développement linéaire, les luttes autochtones répondent et s’ajustent aux évolutions du droit international ainsi qu’aux réformes constitutionnelles et à la reconnaissance du multiculturalisme dans le cas de l’Argentine. Ainsi, certains contextes sont plus adéquats pour des revendications de type nationaliste-autonomiste, alors que d’autres conduisent à des agencements politiques autochtones (confédérations, coordinations, associations) qui reconnaissent l’existence des états argentins et chiliens.
Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/10188

"L’institutionnalisation des « autonomies indigènes" en Bolivie / Laurent Lacroix

La Constitution bolivienne garantit aux peuples autochtones la libre-détermination, le droit à l’autonomie, à l’autogouvernement, à la culture dans le respect de l’unité de l’Etat. Elle reconnaît leurs « territoires ancestraux », leurs institutions et systèmes de gouvernement qu’elle prévoit d’intégrer dans la nouvelle organisation politico-administrative de l’Etat. La constitutionnalisation des droits collectifs résulte d’une mobilisation collective permanente ponctuée de manifestations, de propositions de lois, d’alliances stratégiques mais aussi d’expériences locales de gouvernement, comme depuis 1999 à Lomerío en Chiquitanie. Cette communication revient sur chacune des étapes de l’histoire du mouvement indigène et des politiques d’Etat qui ont mené à la situation actuelle. Cette communication met en évidence le caractère légaliste et constitutionnaliste de ce mouvement en Bolivie et de la mise en place des autonomies indigènes.
Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/10189

La question de l’autonomie politique de l’ayllu et les luttes de pouvoir dans les Andes boliviennes / Claude Le Gouil

La Bolivie a adopté en 2008 une nouvelle Constitution reconnaissant la plurinationalité du pays. La reconnaissance des droits des peuples autochtones y est notamment garantie à travers l’Autonomie Indigène Originaire Paysanne (AIOC). Depuis décembre 2009, 11 municipes sont entrés en processus d’implantation de l’AIOC. Celle-ci institutionnalise les formes d’autogouvernement qui s’étaient maintenues, notamment celle de l’organisation segmentaire andine de l’ayllu. A partir d’études de cas concrets dans le municipe de Chayanta, nous analysons l’implantation de cette autonomie, dans son articulation à l’Etat et dans le champ du pouvoir autour de sa mise en place. L’AIOC marque cependant une véritable tentative d’intégration à l’Etat d’une population indigène autrefois exclue. Nous montrons comment la Constitution cherche à articuler les organisations indigènes au nouvel Etat plurinational, avec les avancées concrètes et les blocages de ces expériences d’autogouvernement.
Télécharger l’article : http://afea2011.sciencesconf.org/10191

L’utopie nationale de la diversité. Rhétoriques multiculturelles officielles au Mexique, 1980-2010 / Paula Lopez Caballero

Cette communication s’interroge sur l’impact des rhétoriques internationales relatives aux manières de concevoir la nation au Mexique et qui préconisent l’adoption d’une utopie de la diversité culturelle, comme nouvelle façon d’imaginer la communauté nationale. Cette rhétorique multiculturelle est adoptée par le gouvernement de Mexico où les habitants de Milpa Alta, un arrondissement rural de la capitale, se mobilisent pour être reconnus comme Pueblos originarios. Autant les rhétoriques officielles que l’étude de cas montrent que même si les États-nations doivent composer avec des forces et des institutions supranationales, le lieu principal des luttes pour définir les subjectivités collectives se situe à l’échelle nationale. Ces luttes reflètent la « collision » entre l’utopie d’une nation homogène et celle d’une nation pluriculturelle. Cette collision est le lieu des tensions et des négociations entre les instances internationales, les élites gouvernantes et les groupes autochtones.
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Splendeurs et misères de l’autonomie zapatiste : vues depuis San Pedro Polhó, Chiapas, Mexique / Sabrina Melenotte

Au Mexique, l’autonomie zapatiste fut considérée comme l’application concrète du droit à la libre-détermination, qui pose la question de la souveraineté des populations indigènes et autochtones à s’autogouverner au sein des Etats-nations. En m’appuyant sur une ethnographie menée dans un municipio constitutionnel dans la région de Los Altos du Chiapas, j’exposerai les différentes étapes d’une expérience d’autonomie zapatiste à San Pedro Polhó et celle « semi-autonomique » de l’organisation des Abeilles. Le contexte politique local dans lequel se sont formées ces deux organisations fut marqué par un fort caciquisme et une violence endémique à la région, ce qui expliquera en partie la difficile consolidation d’un secteur d’opposition dans cette région et le massacre d’Actéal en 1997. Je donnerai un éclairage historique à ces deux expériences pour les comparer aux autres rébellions indiennes passées et aux autres espaces en marge ou dans les interstices de l’Etat.
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De la rébellion à la résistance : les expériences autochtones de lutte pour la terre et l’éducation au Mexique / Bruno Baronnet

Dans le sillon du mouvement zapatiste, la question de l’autodétermination en éducation est posée au Mexique par des organisations autochtones en lutte. La construction de centaines d’écoles multilingues dans les Municipes autonomes du Chiapas illustre la résistance des paysans mayas dont l’objectif est de défendre les terres « récupérées » en inculquant aux enfants les normes et les connaissances qu’ils valorisent. La rébellion zapatiste met en évidence la capacité des autochtones à intervenir dans la gestion scolaire qui repose sur de nouvelles charges et le travail collectif, avec la nomination et le contrôle communautaire des éducateurs bilingues et la participation à la définition des priorités pédagogiques. Dans différentes régions multiethniques marquées par des conflits agraires, les mobilisations autochtones obtiennent le départ et le remplacement d’instituteurs, la création d’écoles et d’universités, malgré les violations récurrentes au droit des peuples à l’éducation.
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S’approprier l’École ? Quelques réflexions autour de la souveraineté autochtone en éducation (Hawai’i, Nouvelle-Calédonie) / Marie Salaün

Pour les communautés autochtones, dans le Pacifique comme ailleurs, l’Ecole est d’abord le produit de la rencontre coloniale. Ici, elle a été historiquement un lieu de ségrégation, avant de devenir l’instrument privilégié de l’assimilation. La région ne déroge pas à un principe qui semble universel : la relégation massive des populations autochtones, souvent au nom de « l’égalité » citoyenne, marginalisation dont témoigne une statistique de l’échec scolaire implacable. La communication interroge quelques exemples de dispositifs de prise en compte des réalités linguistiques et culturelles dans l’éducation formelle, à Hawai’i, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française. Elle cherche à saisir la portée de l’objectif de « décolonisation » de l’institution scolaire en proposant une typologie alternative de ces dispositifs, alors que les objectifs en termes de défense d’un patrimoine menacé et de recouvrement de souveraineté sont largement occultés par les analyses savantes.
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