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Mise en ligne du numéro d’avril du bulletin d’informations et de veille du réseau DIALOG - 23 mai 2013

Le bulletin d’avril 2013 du réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones-réseau DIALOG est disponible au téléchargement en cliquant ici.

Il propose des entretiens, des compte-rendus d’événements, des informations relatives aux conférences ainsi qu’une veille documentaire sur les questions autochtones.
Dans les pages 3 à 7 du numéro d’avril est proposée une entrevue avec Irène Bellier - responsable scientifique du programme SOGIP- accordée à Julie Cunningham. Dans cet entretien Irène Bellier revient entre autre sur son parcours d’anthropologue mais présente également le programme SOGIP.

Quelques extraits de l’entretien :

DIALOG : Parlez-nous du projet Scales of governance, the UN, the States and Indigenous Peoples : Self-determination in the time of globalization (SOGIP).

Irène Bellier : Ayant fait tout ce parcours et m’étant intéressée aux échelles et à la nature du rapport au politique, j’ai pu proposer au Conseil européen de la Recherche le programme de recherche SOGIP (http://www.sogip.ehess.fr/). Celui-ci vise à rendre intelligible les questions concernant la gouvernance autochtone, à mettre en évidence la capacité de réponse des Autochtones aux instances internationales, à travers notamment de nouvelles organisations qui leur permettent de penser la mise en oeuvre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ou autodétermination.

L’expression « gouvernance autochtone » recèle une certaine ambiguïté. S’agit-il de gouvernance des Autochtones par autrui, de gouvernance avec les Autochtones, ou de laisser les Autochtones se gouverner eux-mêmes ? Avant le projet SOGIP, j’avais soumis à l’Agence nationale de la recherche (en France) une demande de financement pour un projet intitulé Jeux d’échelles : gouverner [avec] les Autochtones en situation [post]coloniale (JEGACOL). Ce projet, qui interrogeait la France et ses rapports coloniaux, notamment avec la Nouvelle-Calédonie, n’a étrangement pas été retenu (rires).

Par la suite, j’ai proposé le projet SOGIP qui, en posant des questions similaires, se voulait plus englobant, donc plus ambitieux dans sa couverture géographique, dans les problématiques posées, et dans son mode de fonctionnement. Le point de départ de cette aventure sont les travaux des Nations Unies que j’ai étudiés durant une dizaine d’années. Considérant que la scène internationale onusienne est l’espace qui a permis de penser l’autonomie du sujet collectif « Peuples autochtones », grâce à des modalités historiques de mobilisation des organisations, des personnes et des savoirs, je me suis intéressée à quelques questions d’abord assez simples et finalement très complexes : comment les Autochtones portent ils des problématiques locales et qui leurs sont propres au niveau international ? Dans quelle langue, avec quel vocabulaire, et selon quel format ? Cela doit être agréé par l’instance où ils choisissent de les présenter, et il n’est pas évident de maitriser les codes internationaux. Par exemple, les déclarations des représentants autochtones doivent tenir en deux ou trois minutes lorsqu’il s’agit de déclarations individuelles, en cinq minutes lorsqu’il s’agit
de déclarations collectives. Cela implique que les propos sont considérablement recentrés. Qu’est-ce qui reste ? Qu’est-ce qui n’est pas dit ? De la matière passe et un message dominant se construit.

C’est ainsi que l’on constate que les questions autochtones sont clairement définies par certaines problématiques qui ont pour particularité d’être communes d’une partie du globe à l’autre. Ceci m’a menée à m’intéresser à la construction d’une voie collective autochtone et à la manière de relier la scène internationale aux scènes locales. Comment la chose internationale s’incarne-t-elle dans les territoires où vivent les communautés ? Il y a évidemment tout un enjeu de représentation sous-jacent à cette question, car il y a plus de 370 millions d’Autochtones dans le monde dans environ 90 pays. Comment ces gens-là s’approprient-ils les initiatives menées par les leaders autochtones actifs dans ces instances internationales ? On sait que chaque année participent entre 1500 et 2000 personnes autochtones aux débats internationaux ; cela pose la question de la transmission horizontale et de la coordination, mais aussi celle de leur succession.

DIALOG : Qui fait partie de SOGIP ? Sur quelles aires géographiques porte-t-il ?

IB : Pour mettre SOGIP sur pied, j’ai cherché des anthropologues ou des chercheurs proches des méthodes et de la discipline anthropologiques qui devaient avoir plusieurs qualités : être motivé(e)s par le questionnement d’une anthropologie politique du contemporain, être spécialiste d’une région, d’un pays, d’un domaine en relation avec les peuples autochtones ; s’intéresser aux perspectives de recherche d’un projet à l’échelle du globe et accepter les nouvelles formes d’enquête et de partage des analyses et des données qu’il requiert. Une dizaine de chercheurs font partie du projet à l’heure actuelle. Je les ai choisis sur la base de leur connaissance régionale et thématique dans une dizaine de pays qui présentent pour le projet SOGIP un intérêt spécifique, permettant de penser le comparatisme. Ce sont des pays qui ont eu des attitudes différentes dans la négociation et l’adoption de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones et qui présentent des caractéristiques spécifiques et contrastées, à l’échelle de l’État et des mobilisations autochtones. Je n’ai pas choisi de pays situés en Amérique du Nord et en Scandinavie, car je savais qu’il existait dans ces régions du monde des chercheurs travaillant sur des thématiques proches et avec qui il serait possible de développer des échanges scientifiques, ce qui est le cas avec le réseau DIALOG et avec l’Université de Tromsø, en Norvège.

DIALOG : Parlez-nous des défis liés à la réalisation de ce projet.

IB : Je dirais que le plus grand défi a été de positionner le débat sur la transformation de la condition politique autochtone en France. Dans le monde universitaire français, il existe une sorte d’étanchéité à certaines questions, notamment celles susceptibles de secouer le paradigme républicain, une attitude très critique vis à- vis des développements internationaux, et une certaine méfiance par rapport au concept même de « Peuple autochtone ». Ceux qui travaillent ces questions sont accusés de faire de l’activisme. On assiste à divers processus de dé-légitimation du caractère scientifique des travaux effectués dans ce champ. Cela pose un problème immédiat, car cela démontre que la science est loin d’être neutre et objective. En matière de sciences humaines et sociales, certains intellectuels, parmi ceux qui travaillent sur l’ethnicité comme parmi les anthropologues classiques, préfèrent évacuer des sujets qui viendraient tordre le cou à leurs prétentions universalistes. Cette difficulté ne nous empêche pas de nous appuyer sur les avancées de l’anthropologie pour montrer combien il est pertinent d’aller au-delà de ce que préconisent les courants dominants. En réalisant ce projet, je souhaitais que le débat sur les peuples et les questions autochtones se développe en France et que ce qui se passe dans les mondes anglophone et hispanophone soit relié à ce qui se passe sur la scène culturelle francophone. J’ai en effet développé cette hypothèse de l’existence de scènes culturelles qui évoluent de manière distincte du fait de leurs histoires relatives certes, mais aussi du fait de la différence linguistique, cela malgré la mondialisation et les nouvelles technologies. Ces scènes culturelles ont quelque chose à voir avec la manière dont on se saisit des problématiques de l’autochtonie, dont on définit le sujet autochtone et dont les sujets autochtones se définissent eux-mêmes. J’ai beaucoup travaillé à mettre en lumière les conditions politiques et historiques par lesquelles les Peuples autochtones deviennent des sujets/acteurs politiques. Aujourd’hui, il est clair que les Autochtones eux-mêmes développent leurs propres expertises. Cela indique que l’on peut établir une relation entre chercheurs et leaders autochtones, que l’on peut travailler ensemble pour construire des savoirs qui soient connectés et relationnels et pour élaborer ces formes nécessaires au changement social.
L’ensemble des l’entretien est consultable ici

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A consulter également sur le site du réseau DIALOG la banque documentaire « Autochtonia ». Celle ci propose plus de 12 000 documents relatifs aux peuples autochtones du Québec : livres, articles de périodiques scientifiques et spécialisés, mémoires de maîtrise et thèses de doctorat, rapports de recherche, textes et documents provenant des instances autochtones et des instances gouvernementales.

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